Rencontres députés

Campagne 2016 « Allons rencontrer nos députés ».
Rencontre avec les députés de  Haute-Garonne à propos des propositions de loi pour l’abolition de la corrida.
(Site à consulter : https://www.politique-animaux.fr/)

Compte-rendus des entretiens réalisés auprès de :
– Monique IBORRA
– Françoise IMBERT
– M.PICARD, assistant de Carole DELGA
– Laurence ARRIBAGE

 

*Catherine LEMORTON et Gérard BAPT ont déjà signé la proposition de loi de Mme Gaillard  pour l’abolition de la corrida, nous vous invitons à leur envoyer une lettre de remerciements.

 

*Monique IBORRA, députée PS de la 6ème circonscription de Haute-Garonne (Cadours, Leguevin, Saint-Lys, Colomiers),

Représentants de la cause animale : Marie-Odile Barthomeuf, Bastien Bouet-Announ (habitant de la circonscription de Monique IBORRA)

Entretien réalisé le 19 septembre à 14 heures, à la Mairie de Colomiers.

Impression d’ensemble et résultat d’entretien : Madame IBORRA ne connaissait pas l’existence de la proposition de loi de Mme GAILLARD. L’entretien a visé à la lui faire découvrir. Mme Iborra signera cette proposition sans réserve dès qu’elle retournera à l’Assemblée et demandera à son président de groupe comment faire pour la faire inscrire à l’ordre du jour pour qu’elle soit débattue.

Le code pénal et l’alinéa 7 : délégitimer les notions de tradition et de localité

Après une brève introduction où nous avons émis le souhait de rencontrer « régulièrement » Mme Iborra pour évoquer des questions relatives aux droits des animaux, nous avons présenté la proposition de loi, en commençant par expliquer l’article du Code pénal (L. 521-1) qui punit de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende les « sévices graves ou actes de cruauté sur les animaux domestiques, apprivoisés ou captifs ».

Mme Iborra ne connaissait pas cette proposition de loi même si elle connaît bien Mme GAILLARD et qu’elle la voit souvent à l’Assemblée.

Le cœur du problème –et de notre revendication- étant l’alinéa 7 à ce même article qui exempte de punition ces sévices et actes de cruauté dans les localités où une tradition ininterrompue peut être invoquée.

Madame Iborra a rapidement reconnue que cet alinéa vidait de son sens l’ensemble de l’article L.521-1 et que ce n’était donc pas juste, mais pas étonnant car elle estime qu’il y a beaucoup de lobbying à l’Assemblée.

Il s’agissait à la fois de délégitimer la notion de « tradition » et de « localité »

  • La tradition : si on se met à pérenniser toutes les traditions, il n’y a plus de progrès possible, juste une reproduction sociale. Par ailleurs, toutes les traditions ne sont pas bonnes à défendre. Doit-on défendre l’excision dans les pays où elle se pratique parce que c’est une tradition ?

La tradition n’est pas un « fait justificatif » comme pourrait l’être la légitime défense, l’état de nécessité ou le commandement de l’autorité légitime (voir p.3 de la ppl)

  • La « localité ». c’est un terme très flou qui ne représente aucune aire géographique précise. Où commence une localité ? où se termine-t-elle ? Par ailleurs, cela confère une inégalité des citoyens devant la loi. Ex 1 : si on organise des combats de coqs à Lille ce n’est pas puni, par contre à Toulouse ou Marseille c’est l’emprisonnement et 30 K€ d’amende. Ex 2 : si on organise une corrida à Strasbourg c’est le même tarif.

Argumentaire en 3 points : l’éthique animale, la protection de l’enfance, l’aspect économique

Nous avons repris les principaux arguments de la proposition de Mme GAILLARD, en introduisant souvent par « Madame GAILLARD a bien compris que… ».

  • Sur l’éthique animale. Il s’agit « d’actes de cruauté » sur des êtres sensibles, qui éprouvent la douleur. Ces actes se perpétuent sans aucune nécessité puisqu’il s’agit d’un « divertissement ». Faire souffrir un animal juste pour le plaisir de le voir souffrir constitue une « perversion » et ce comportement doit être interdit par la loi.

Il y a près de 2000 vétérinaires pour l’abolition de la corrida (regroupés au sein du Collectif des Vétérinaires pour l’Abolition des Corridas –COVAC) qui attestent des souffrances terribles qui sont causées par les plaies profondes aux animaux pendant les corridas. Donc leurs douleurs et souffrances sont une réalité.

  • Sur la protection de l’enfance. Le comité des droits de l’enfant de l’ONU, dans un rapport du 23 février 2016, à la page 9, demande à l’article 43, « De redoubler d’efforts pour faire évoluer les traditions et les pratiques violentes qui ont un effet préjudiciable sur le bien-être des enfants, et notamment d’interdire l’accès des enfants aux spectacles de tauromachie ou à des spectacles apparentés ».

Comme l’écrit Mme GAILLARD, pour l’enfant, la corrida constitue un « brouillage des repères » car, dans une société où on avance les valeurs de compassion, de bienveillance et de respect du vivant, la corrida propose une fête autour de la torture d’un être sensible.

En général, l’entrée aux arènes est gratuite pour les mineurs, ce qu’ignorait Mme Iborra.

  • Sur l’aspect économique. Les corridas sont TOUTES déficitaires. Nous avons renvoyé Mme IBORRA au livre qu’elle a reçu gracieusement reçu, « Corrida, la honte » de Roger LAHANA, où on peut lire l’état des finances de la tauromachie. Nous avons renvoyé Mme Iborra à la proposition de Mme Gaillard qui écrit à la page 3 : « C’est essentiellement la féria et non la corrida qui génère de l’activité, qui rapporte aux commerçants. Une minorité seulement des personnes qui viennent faire la fête dans les rues passe dans les arènes : en moyenne 90 % viennent se divertir et consommer, sans assister aux corridas ». Nous avons également fait part de l’argent public des collectivités locales (région, département, communes) alloué aux corridas et qui pourrait être bien plus utile ailleurs. Fait mention également des fraudes commises par les organisateurs de « spectacles tauromachiques » comme Simon CASAS, organisateur à Nîmes, qui a appliqué un taux de TVA réduit sur les recettes au motif que la corrida était inscrite au patrimoine culturel immatériel de la France. La corrida a été radiée du PCI avec effet rétroactif donc n’a officiellement jamais été inscrite. Montant estimé de la fraude depuis 2011 par Simon CASAS : plus de 2 millions d’euros.

Les spectacles tauromachiques ne rapportent donc aucun argent mais en coûtent à la collectivité.

Nous avons également remis à Mme Iborra l’enquête IFOP de février 2015 selon laquelle 73% des français sont pour l’interdiction des corridas. C’était aussi une façon de généraliser le propos à près de trois-quarts de la population.

A suivre…

Mme Iborra signera la proposition de loi sans réserve dès qu’elle retournera à l’Assemblée. De plus, elle en parlera au président du groupe SRC (Socialistes, Radicaux, Citoyens) et au président de l’Assemblée Nationale (Claude Bartolone) pour savoir comment mettre cette proposition au « calendrier » (ordre du jour de l’Assemblée).

Mme Iborra nous a dit qu’effectivement nous pourrions rencontrer les autres députés de Haute-Garonne pour leur parler de ces propositions de loi. Elle fut assez surprise de l’opposition catégorique de Mme Imbert à cette proposition, invoquant la « tradition familiale espagnole ». Pourtant, le mari de Mme Iborra est pro-corrida mais que ça ne va pas l’empêcher de soutenir cette proposition. »

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*Françoise IMBERT, député PS de la 5ème circonscription de Haute-Garonne : Fronton, Grenade, Toulouse-XIV (partie non comprise dans la 1re circonscription), Villemur-sur-Tarn.
Entretien téléphonique du 5.09.16 réalisé par Bastien Bouet-Announ :
« Après avoir contacté son secrétariat le 30 août pour lui demander un rendez vous pour savoir si elle voulait soutenir la proposition de loi (ppl) de Mme GAILLARD (j’ai été obligé de lui donner le motif exact de la demande de rendez vous suite à l’insistance de la secrétaire), Mme IMBERT m’a téléphoné le 5 septembre en fin d’après midi.

Elle m’a d’abord dit que :
1/ je n’habitais pas sur sa circonscription
2/ elle ne signera pas de proposition de loi pour l’abolition des corridas

Après avoir répondu que la loi s’applique à tous les citoyens et qu’elle ne s’arrêtait pas à la frontière d’une circonscription, je lui ai demandé quels étaient ses arguments de refus. Elle m’a répondu, en vrac, que c’était une tradition « familiale », qu’elle avait des origines espagnoles, qu’il y avait un intérêt économique au maintien des corridas, et qu’elle a toujours refusé de signer ces ppl et qu’elle ne signerait « jamais ».

Après avoir rappelé que toutes les traditions ne sont pas bonnes à défendre, et que ce n’est pas un argument, je lui rappelle qu’au-delà de sa famille, 73% des français sont pour l’interdiction des corridas sur tout le territoire national (enquête IFOP 2015). Mme IMBERT doute de la véracité de ce sondage avec un « ça reste à démontrer ». Puis elle change de ton, plus agacée et agressive, elle me dit « qu’en république, chacun à son avis et fait en fonction de son avis ». Je lui rappelle que la torture n’est pas une question d’avis mais de responsabilité, ce qu’ont compris près de trois-quart des français. Elle me dit que nous sommes « des extrémistes », que ça commence par la corrida et qu’ensuite ce sera le gavage puis l’interdiction « de manger les poissons (sic) ». Et que cette ppl n’a jamais eu la majorité nécessaire à sa discussion parlementaire et qu’elle ne signera jamais contre la tauromachie.

La discussion étant verrouillée, je lui parle des deux ppl sur l’interdiction d’entrée aux arènes des mineurs de moins de 16 et 14 ans. Elle me dit qu’elle-même n’emmène pas ses petits-enfants aux corridas (donc elle y assiste) mais qu’elle ne veut pas l’imposer aux autres. Ce sur quoi elle me souhaite une bonne journée.

Mme IMBERT est d’accord pour que cet échange soit rendu public.

Bastien BOUET-ANNOUN »
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*Monsieur PICARD, assistant parlementaire de Carole DELGAdéputée PS de la 8ème circonscription de Haute-Garonne -Aspet, Aurignac, Bagnères-de-Luchon, Barbazan, Boulogne-sur-Gesse, Cazères, Le Fousseret, L’Isle-en-Dodon, Montréjeau, Rieumes, Saint-Béat, Saint-Gaudens, Saint-Martory, Salies-du-Salat) et présidente de la région Occitanie.

Entretien réalisé par Carole Mare et Bastien Bouet-Announ  le 16 septembre à 11 heures, à Saint-Gaudens, 5 place Jean Jaurès.

Impression d’ensemble : Durant l’entretien, Mr Picard s’est montré assez attentif à nos demandes et argumentations. Il était plutôt dans l’écoute et le questionnement que dans la contre-argumentation.

Mr Picard a noté nos coordonnées et nous a demandé si nous étions membres d’associations. Nous avons répondu que nous étions adhérents de plusieurs associations comme L 214 et le CRAC Europe.

Le code pénal et l’alinéa 7 : délégitimer les notions de tradition et de localité

Après une brève introduction où nous avons émis le souhait de rencontrer « régulièrement » Mr P. ou Mme Delga pour évoquer des questions relatives aux droits des animaux, nous avons parlé de l’article du Code pénal (L. 521-1) qui punit de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende les « sévices graves ou actes de cruauté sur les animaux domestiques, apprivoisés ou captifs ».

Le cœur du problème –et de notre revendication- étant l’alinéa 7 à ce même article qui exempte de punition ces sévices et actes de cruauté dans les localités où une tradition ininterrompue peut être invoquée.

Il s’agissait à la fois de délégitimer la notion de « tradition » et de « localité »

  • La tradition : si on se met à pérenniser toutes les traditions, il n’y a plus de progrès possible, juste une reproduction sociale. Par ailleurs, toutes les traditions ne sont pas bonnes à défendre. Doit-on défendre l’excision dans les pays où elle se pratique parce que c’est une tradition ?

La tradition n’est pas un « fait justificatif » comme pourrait l’être la légitime défense, l’état de nécessité ou le commandement de l’autorité légitime (voir p.3 de la ppl)

  • La « localité ». c’est un terme très flou qui ne représente aucune aire géographique précise. Où commence une localité ? où se termine-t-elle ? Rieumes a commencé parce que le club taurin a fait valoir que Rieumes était dans la localité de Fenouillet. Puis, Gimont a dit qu’il était dans la localité de Rieumes.

Par ailleurs, cela confère une inégalité des citoyens devant la loi. Ex 1 : si on organise des combats de coqs à Lille ce n’est pas puni, par contre à Toulouse ou Marseille c’est l’emprisonnement et 30 K€ d’amende. Ex 2 : si on organise une corrida à Strasbourg c’est le même tarif.

Argumentaire en 3 points : l’éthique animale, la protection de l’enfance, l’aspect économique

Nous avons repris les principaux arguments de la proposition de Mme GAILLARD, en introduisant souvent par « Madame GAILLARD a bien compris que… ».

  • Sur l’éthique animale. Il s’agit « d’actes de cruauté » sur des êtres sensibles, qui éprouvent la douleur. Ces actes se perpétuent sans aucune nécessité puisqu’il s’agit d’un « divertissement ». Faire souffrir un animal juste pour le plaisir de le voir souffrir constitue une « perversion » et ce comportement doit être interdit par la loi.

  • Sur la protection de l’enfance. Le comité des droits de l’enfant de l’ONU, dans un rapport du 23 février 2016, à la page 9, demande à l’article 43, « De redoubler d’efforts pour faire évoluer les traditions et les pratiques violentes qui ont un effet préjudiciable sur le bien-être des enfants, et notamment d’interdire l’accès des enfants aux spectacles de tauromachie ou à des spectacles apparentés ».

Comme l’écrit Mme GAILLARD, pour l’enfant, la corrida constitue un « brouillage des repères » car, dans une société où on avance les valeurs de compassion, de bienveillance et de respect du vivant, la corrida propose une fête autour de la torture d’un être sensible.

En général, l’entrée aux arènes est gratuite pour les mineurs.

  • Sur l’aspect économique. Les corridas sont TOUTES déficitaires. Nous avons renvoyé Mr Picard au livre qu’a reçu gracieusement Mme DELGA, « Corrida, la honte » de Roger LAHANA, où on peut lire l’état des finances de la tauromachie. Nous avons renvoyé Mr Picard à la proposition de Mme Gaillard qui écrit à la page 3 : « C’est essentiellement la féria et non la corrida qui génère de l’activité, qui rapporte aux commerçants. Une minorité seulement des personnes qui viennent faire la fête dans les rues passe dans les arènes : en moyenne 90 % viennent se divertir et consommer, sans assister aux corridas ». Nous avons également fait part de l’argent public des collectivités locales (région, département, communes) alloué aux corridas et qui pourrait être bien plus utile ailleurs. Fait mention également des fraudes commises par les organisateurs de « spectacles tauromachiques » comme Simon CASAS, organisateur à Nîmes, qui a appliqué un taux de TVA réduit sur les recettes au motif que la corrida était inscrite au patrimoine culturel immatériel de la France. La corrida a été radiée du PCI avec effet rétroactif donc n’a officiellement jamais été inscrite. Montant estimé de la fraude depuis 2011 par Simon CASAS : plus de 2 millions d’euros.

Les spectacles tauromachiques ne rapportent donc aucun argent mais en coûtent à la collectivité.

Nous avons également remis à Mr P. l’enquête IFOP de février 2015 selon laquelle 73% des français sont pour l’interdiction des corridas. C’était aussi une façon de généraliser le propos à près de trois-quarts de la population.

Mr P. nous a dit qu’il était lui-même opposé à la corrida et que le « sens de l’histoire » allait vers son extinction.

Pour Mr P., Madame Delga n’est pas une pro-corrida, mais sa situation, depuis qu’elle est Présidente de la grande région Occitanie, regroupant Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, la met en difficulté car elle « hérite » de certaines grandes places de la tauromachie comme Nîmes, Arles, Béziers. Mr P. pense que les citoyens de cette zone peuvent se sentir attaqués dans ce qu’ils considèrent comme une partie de leur identité. Nous avons rappelé que la corrida ne faisait pas partie de l’identité du Sud de la France car c’est une pratique qui a été importée de l’Espagne et que les courses landaises et camarguaises- étaient bien plus ancrées dans la culture que la corrida.

Mr P. s’est engagé à restituer le contenu de l’entretien à C. DELGA rapidement (dans les semaines à venir). Sa réponse sera très certainement rendue par mail.

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*Laurence Arribagé
, députée LR de la 3ème circonscription de Haute-Garonne : Toulouse II, Toulouse VIII (moins la commune de Montrabé), Toulouse IX (moins la commune de Ramonville-Saint-Agne et la partie de la commune de Toulouse située à l’ouest du canal du Midi), Verfeil.

Représentants de la cause animale : Marie-Odile Barthomeuf (habitant la circonscription de Laurence Arribagé), Bastien Bouet-Announ.

Entretien réalisé le 07 Octobre à 16h30, à la Mairie de Toulouse.

Impression d’ensemble et résultat d’entretien :

Madame Arribagé nous a reçus en présence d’un de ses collaborateurs.

Madame Arribagé connaissait l’existence de la proposition de Mr Meslot, en avait déjà débattu avec lui, lui avait déjà signifié son désaccord, et était ferme dans son intention de ne pas la signer.

Malgré tout, elle et son collaborateur nous ont écouté développer notre argumentaire avec un intérêt que nous avons pensé réellement sincère. Il n’y a pas eu d’agressivité de leur part, ils n’ont pas fait mine d’agacement, et je veux réellement la croire quand elle a dit que notre discours, notre argumentation, qu’elle n’avait encore jamais entendu, va alimenter sa réflexion.

L’important dans ce contexte était aussi de pouvoir continuer à la rencontrer sur d’autres thématiques ou sur cette même thématique en espérant peut-être qu’elle évolue dans sa réflexion.

Notre argumentaire a été le suivant :

Le code pénal et l’alinéa 7 : délégitimer les notions de tradition, de localité et de temporalité ininterrompue

Après une introduction où nous avons rappelé à Mme Arribagé ses prises de position en faveur des animaux (commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs, PPL de Mr Lamblin sur les abattoirs, question au gouvernement sur le broyage des poussins mâles, PPL de Mr Meslot sur l’aggravation des sanctions de l’article L521.1), nous lui avons exprimé le souhait de la rencontrer « régulièrement » pour évoquer des questions relatives aux droits des animaux. Elle est entièrement disposée à le faire.

Nous avons ensuite présenté la proposition de loi 1525 de Damien Meslot.

Madame Arribagé connaissait l’existence de cette proposition de loi, qui avait été présentée dans le groupe les Républicains à l’assemblée. Elle en avait déjà débattu avec lui, lui avait déjà signifié son désaccord. Elle nous a immédiatement dit son intention de ne pas la signer.

Malgré tout, nous avons senti sa capacité d’écoute et nous avons parcouru la proposition de loi avec elle pour pouvoir développer notre argumentaire.

La citation de l’alinéa 7 :
« Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie »
.

Cette citation nous a permis de développer l’argumentaire premier et essentiel qui doit délégitimer les notions de « tradition », de « localité » et de temporalité « ininterrompue »

  • Le prétexte de « tradition » : si on se met à pérenniser toutes les traditions, il n’y a plus de progrès possible, juste une reproduction sociale. Par ailleurs, toutes les traditions ne sont pas bonnes à défendre. Doit-on défendre l’excision dans les pays où elle se pratique parce que c’est une tradition ?

La tradition n’est pas un « fait justificatif » comme pourrait l’être la légitime défense, l’état de nécessité ou le commandement de l’autorité

  • Le prétexte de « localité ». C’est un terme très flou qui ne représente aucune aire géographique précise. Où commence une localité ? où se termine-t-elle ? Par ailleurs, cela confère une inégalité des citoyens devant la loi. Ex 1 : si on organise des combats de coqs à Lille ce n’est pas puni, par contre à Toulouse ou Marseille c’est l’emprisonnement et 30 K€ d’amende. Ex 2 : si on organise une corrida à Strasbourg c’est le même tarif.

  • Le prétexte de la temporalité « ininterrompue » est également vide de sens puisqu’il n’est pas précisé au bout de combien de temps la rupture de la dite « tradition » dans la dite « localité » est consommée ?

Madame Arribagé n’a absolument pas accepté que l’on s’en prenne à la tradition. Et ce, de 2 manières.

Lorsque nous avons utilisé l’excision comme exemple de tradition indéfendable, elle a immédiatement pris une position de recul en disant qu’il était impossible de mettre sur le même plan enfants et animaux.

Elle a persisté à plusieurs reprises dans son discours au cours de l’entretien, sur l’importance de « la tradition »… d’une manière générale. Sur le fait que c’est « un spectacle ». Que chacun « en pense ce qu’il veut ». Que chacun doit « avoir son opinion ».

Elle-même nous a dit ne pas y aller, ne pas apprécier ce « spectacle ». Que sa famille n’était pas amatrice de ces spectacles, mais sa belle-famille, oui.

Argumentaire en 3 points : l’éthique animale, la protection de l’enfance, l’aspect économique

Nous avons ensuite continué la lecture de la PPL sur l’aspect éthique, qui est particulièrement développé et dur à lire ; en développant notre argumentaire en parallèle

  • Sur l’éthique animale. Il s’agit « d’actes de cruauté » sur des êtres sensibles, qui éprouvent la douleur. Ces actes se perpétuent sans aucune nécessité puisqu’il s’agit d’un « divertissement ». Faire souffrir un animal juste pour le plaisir de le voir souffrir constitue une « perversion » et ce comportement doit être interdit par la loi.

Il y a près de 2000 vétérinaires pour l’abolition de la corrida (regroupés au sein du Collectif des Vétérinaires pour l’Abolition des Corridas –COVAC) qui attestent des souffrances terribles qui sont causées par les plaies profondes aux animaux pendant les corridas. Donc leurs douleurs et souffrances sont une réalité.

Malgré tout, ça ne semble pas être l’argument auquel elle est le plus sensible

Puis sur l’aspect protection de l’enfance.

  • Sur la protection de l’enfance. Le comité des droits de l’enfant de l’ONU, dans un rapport du 23 février 2016, à la page 9, demande à l’article 43, « De redoubler d’efforts pour faire évoluer les traditions et les pratiques violentes qui ont un effet préjudiciable sur le bien-être des enfants, et notamment d’interdire l’accès des enfants aux spectacles de tauromachie ou à des spectacles apparentés ».

Comme l’écrit votre collègue,« la corrida fait perdre tout repère à l’enfant ». Puisque c’est une fête autour de la torture d’un être sensible.

De plus, pour relancer l’activité tauromachique en déclin, l’accès aux arènes est en accès gratuit aux mineurs.

Et il faut également parler des écoles de tauromachie où, parfois depuis l’âge de 7 ans, l’enfant va suivre une initiation à la cruauté sur des veaux ou des vachettes.

Sur cet aspect, la discussion a été animée, puisque Mme Arribagé était également au courant de la PPL de Mr Meslot concernant l’interdiction de l’accès aux arènes aux moins de 16 ans. Elle n’est pas non plus d’accord pour signer cette PPL qu’elle trouve trop restrictive. Elle juge que 10 ans aurait été raisonnable et même bien. Mais qu’au-delà, les jeunes sont en mesure de décider eux-mêmes de ce qu’ils peuvent ou veulent voir.

Selon elle c’est à la famille de décider d’exposer ou non les enfants aux images violentes. Et toujours selon elle, les gens sont suffisamment raisonnables pour ne pas emmener de très jeunes enfants dans des corridas.

Nous avons fait un parallèle avec la pornographie, qui n’a pas été convaincant, puisqu’elle en pense la même chose.

L’aspect économique a été intéressant à aborder quand même, puisque nous avons pu lui apprendre qu’elle avait reçu le livre de Roger Lahana, qu’elle va réclamer à son assistant parlementaire, qu’elle suspecte de lui avoir dérobé ( !). D’ici là, je lui ai quand même remis la dizaine de pages concernant l’aspect financier, qu’elle m’a elle-même réclamé.

Il était aussi intéressant je pense de bien préciser la distinction férias/corridas qui étaient brouillées même dans leur têtes et de bien préciser que nous n’étions pas anti-fêtes.

  • Sur l’aspect économique. Les corridas sont TOUTES déficitaires. Nous avons renvoyé Mme Arribagé au livre qu’elle a reçu gracieusement reçu, « Corrida, la honte » de Roger LAHANA, où on peut lire l’état des finances de la tauromachie. Nous avons informé Mme Arribagé que ce n’était pas la corrida mais la féria qui était source de recettes économiques pour une commune car 90% des personnes qui vont à la féria passent pas par les arènes. Nous avons également fait part de l’argent public des collectivités locales (région, département, communes) alloué aux corridas et qui pourrait être bien plus utile ailleurs.

  • Les spectacles tauromachiques ne rapportent donc aucun argent mais en coûtent à la collectivité.

Nous avons également remis à Mme Arribagé l’enquête IFOP de février 2015 selon laquelle 73% des français sont pour l’interdiction des corridas. C’était aussi une façon de généraliser le propos à près de trois-quarts de la population.

A suivre…

Mme Arribagé ne signera aucune des deux propositions de loi. Mais nous avons quand même gardé une impression positive de ce rendez-vous. C’est quelqu’un avec qui on doit pouvoir discuter. Elle demande à nous revoir, pour s’enrichir de faits nouveaux, de ce qu’elle pourrait ne pas connaître sur la condition animale.

Elle nous a également proposé de transmettre un mail, ou un courrier, à chacun des 6 candidats à la primaire des Républicains qu’elle va rencontrer régulièrement.

Le 1er tour de cette primaire est le 20 novembre, donc il ne faut pas tarder !